Chemin faisant

Je profite de ne pas regarder le défilé à la télévision pour partager ce texte de Jacques Lacarrière (extrait de “Chemin faisant” que je suis en train de lire) dans lequel est inclu un texte de Gustave Roud (ami de Philippe Jaccottet). Ces textes tombent à pic pour m’aider à faire passer ce que j’ai pu ressentir en marchant en spécifiant tout de même que pour moi l’état second décrit n’est arrivé qu’au bout de quelques semaines. Je souscris à la remarque de Lacarrière selon qui cet état second devrait être l’état premier si l’on savait vivre : c’est en partie ce que j’essayais d’exprimer dans le post « Calbor via Alto de Poyo » en disant que je n’avais pas le projet de recommencer cette expérience (pour l’instant) et que je préférais emmener un bout du chemin vers d’autres aventures.

L’écrivain et poète suisse Gustave Roud, pratiquement inconnu en France malgré la magnificence de ses textes, a écrit sur la marche des textes qui sont pour moi comme une bible des chemins. Elles figurent dans un livre paru en 1932 qui s’intitule « Petit traité de la marche en plaine ».  Je connaissais déjà Gustave Roud mais j’ignorais cette oeuvre …….. . Et aussitôt plongé en elle, la sympathie inspirée par ce livre – sympathie au sens fort du mot – ressentir et connaitre avec – a fait resurgir en moi cet état second (mais qui pour tous, si nous savions vivre, devrait être l’état premier) où l’on se sent à la fois libéré du temps – comme au seuil de l’éternité – et chargé de toutes les particules de la mémoire, état provoqué et ressenti lors de ces rencontres imprévues avec une fleur, un animal, une lumière, un paysage, un visage, un sourire ou un regard absent qui fixe l’espace sans le voir. Gustave Roud a ressenti et exprimé les mêmes choses bien avant moi, frère dans le temps, lorsqu’il écrit dans le « Petit traité » :

« La marche est tissu imprévisible de sursauts, d’acquiescements, de dérives plus fructueuses que des poursuites. Source étrange de connaissance, hasard maître des merveilles ! C’est par l’extrême de la soif que vous connaissez la fraise sous la feuille, par l’extrême épouvante de vous-même que vous connaissez l’église et son ombre, c’est aux confins de la lassitude et du sommeil que vous connaissez la vague morte bue par le sable d’Août.  Connaissance par l’extrême de la ressemblance mais aussi de la différence. C’est au moment où tout en vous est retombement, glissement vers le sommeil, que vous connaissez l’élan rapide, le suspens léger de la lune au ciel de minuit. Il faut l’asphyxie de toute l’âme par une pensée qui flambe des heures et l’étouffe de sa fumée, il faut l’oreille rompue par la phrase intérieure pareille aux coques des pavots, pour connaître le chant aérien dans les feuillages et sa déchirante liberté ».

Bulletin de santé

Je vais essayer d’ajouter à ce blog quelques réflexions et événements de retour. Je commence par mon état physique car c’est assez simple. Je ne peux toujours pas marcher pieds-nus et seules mes baskets sont supportables. Au bout de trois jours d’arrêt j’ai mal en permanence mais la douleur n’est pas forte la plupart du temps. La podologue a diagnostiqué un léger affaissement de la voute plantaire, que j’ai toujours du avoir, et qui, d’après elle, a provoqué ces douleurs. Prescription, talonnettes dans les baskets, chaussures d’été à petits talons et semelles personnalisées dans les chaussures fermées. Les ongles choqués ne le sont pas assez pour tomber. Tout devrait être rentré dans l’ordre en Septembre. J’apprécie la prescription de chaussures à talons mais malheureusement elles ne seront pas remboursées par la sécurité sociale. Comme je n’en ai pas, j’ai un prétexte pour une séance shopping :). Je m’étais rendue compte que j’avais maigri mais quelle ne fut pas ma surprise de constater que j’ai perdu 6 kg. Je sais donc maintenant comment perdre 6 kg en mangeant plus que d’habitude avec des frites, des bières et du vin à table tous les jours. C’est mon secret minceur comme on dit dans les journaux de filles. Cela me donne un peu l’air fatigué mais je ne sens pas de fatigue. Juste une tendance à m’endormir à l’heure de la sieste : il y a des habitudes qui se prennent vite. Pour l’instant pas de déprime, je suis portée par de nombreux témoignages d’amitié qui m’aident à atterrir : merci à tous.

Saint Rémy lès Chevreuse

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Voyage de retour Santiago-Charles de Gaulle en compagnie de supporters portugais dans un avion en retard de 2h. Les supporters sont supportables, ils chantent des chants traditionnels portugais, l’ambiance est calme et bon enfant. Puis RER B bondé, atmosphère tendue. Il fait chaud, les voyageurs sont au bord du malaise et le chauffeur qui doit craindre des débordements en ce jour de match multiplie les interventions vocales et roule très lentement : le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’a pas l’air tranquille. Après le stade de France moins de monde, le reste du trajet s’effectue normalement. Photo prise par Philippe à la gare de Saint Rémy.

Santiago

Ce post est rédigé le 9 juillet dans un petit bar à tapas où je ne suis pas la seule à écrire mon journal. Ce matin à 8h je suis allée chercher ma Compostela et mon certificat de distance, le tout fourni avec un tube pour le transport de retour. Puis passage à l’agence de voyages pour l’achat d’un billet de retour en avion pour demain. Reconnaissance du point de départ du bus pour l’aéroport, j’y retrouve Gabrielle la zurichoise.
Le plus difficile est de conter la journée d’hier. Continue reading “Santiago”

Ribadiso da Baixo

Hier étape à Palas de Rei. Journée sans particularité. La Galice est toujours verte, on se croirait en Bretagne, il y a même des orthensias. Je m’habitue à la foule. De longs moments passés avec un couple d’autrichiens que je connais depuis León, puis un couple d’américains non typiques. Échanges intéressants et amicaux. Comme le chemin fait toujours des surprises Continue reading “Ribadiso da Baixo”

Portomarín

Ça y est c’est l’enfer. Ce matin démarrage en douceur jusqu’a Sarria avec Mora de Suède. Jusque là tout va bien. Puis à Sarria tous les pèlerins de la dernière minute démarrent (Pour avoir la Compostella il faut au moins avoir fait les 100 derniers kilomètres). Ce sont des espagnols (on ne vient pas du bout du monde pour faire 100 km). Il y a des familles avec enfants et ados boudeurs, des groupes d’amis jeunes ou vieux. Sur le camino qui est déjà un monde à part, il y a désormais deux mondes Continue reading “Portomarín”