Le bohneur de n’être personne

4 mois de silence. Pendant ces quelques mois lecture de quelques témoignages de pèlerins mais rien qui ne m’ai laissé d’empreintes. Et puis surprise ! Cadeau d’une amie : « Marcher, une philosophie » de Frédéric Gros. Ce passionnant petit ouvrage va m’aider à  mettre des mots sur les sensations les plus indicibles. Je commencerai donc ce 17 Novembre par un premier extrait.

« On ne va pas, en marchant à la rencontre de soi-même, comme s’il s’agissait de se retrouver, de se libérer des aliénations anciennes pour reconquérir un moi authentique, une identité perdue. En marchant, on échappe à l’idée même d’identité, à la tentation d’être quelqu’un, d’avoir un nom et une histoire. Être quelqu’un, c’est bon pour les soirées mondaines où chacun se raconte, c’est bon pour les cabinets de psychologues. Mais être quelqu’un n’est-ce pas encore une obligation sociale qui enchaîne (on se contraint à être fidèle au portrait de soi-même), une fiction bête pesant sur nos épaules ? La liberté en marchant, c’est de n’être personne, parce que le corps qui marche n’a pas d’histoire, juste un courant de vie immémoriale. »

Oui, en partant je souhaitais aller à la rencontre de moi-même, me libérer des aliénations, redécouvrir mes vrais besoins afin de faire (si possible) les bons choix dans cette nouvelle partie de ma vie (je n’ai pas dit la dernière). Mais en marchant on n’est plus qu’un corps, un corps sans intellect et sans environnement social, un corps en prise directe avec sa fatigue et les beautés qui l’entourent. Marcher permet de prendre une distance avec le mythe du soi-même, de se réduire à son être instinctif et sensitif, d’abolir le passé et le futur. S’ensuit cette sensation de liberté si enivrante que l’on ressent en parfaite contradiction avec les contraintes liées à la marche (se lever tôt, porter un sac, marcher sous la pluie, sous le soleil ou dans le froid …) A vouloir se débarrasser de ses aliénations on se débarrasse de soi-même aussi : on jette le bébé avec l’eau du bain. Sur le chemin en marchant seule mais aussi en rencontrant d’autres marcheurs ce n’est pas le moi-même spécifique que j’ai trouvé mais cette partie de moi-même qui est commune à tous et c’est encore mieux.

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